D’un regard blanc

L’ombre d’un regard
transperce le voile
transperce le temps

 

Croix de ton âme
croix des bras
évanescence

 

De se décomposer
de se fondre et heurter
au temps

 

Puits la lumière
ascendance de l’air
puits la lumière

 

Gantée de rouge
gantée de sang
et ton élan

 

Tu mon amour
tu ma naissance
évadée là

 

Suaire de ma vie
des cavités du temps
morte en effacement

 

Tu dors
et dans la mort
es-tu ?

 

J’efface ta lumière
je me souviens de toi
je t’aime

 

Trois visages
trois fins
trois regards en chemin

 

Que regardes-tu
ma douceur au loin
ta joue contre la main ?

 

Je passe à travers
l’immense lumière
disparais dans le blanc

 

Tu es une lueur
tu incendies la toile
irradies le destin

 

Du plaisir de ma vie
à la dépouille en vain
je me retourne encore

 

Ta volonté de face
mur contre le destin
à travers le chemin

 

Je suis de tous les âges
et de tous les émois
ton visage ma voie

 

Tu lis
tu lis paisiblement
l’œil à travers le temps

 

Mon secret dans les mains
ton regard dans le mien
debout contre la fin

 

De grands pans de lumière
des linteaux de lumière
des draps et des rideaux

 

De grands lits mortuaires
des orgies somptuaires
de la mort les tréteaux

 

Seul
seul ou contre la fin
viens

 

(texte paru en 2007 dans la revue Nu(e), n°36 : consacré au peintre Michel Steiner, coordination Arnaud Beaujeu, avec les participations de Michel Steiner, Bernard Vargaftig, Willy Ronis, Béatrice Bonhomme-Villani, etc.)

 

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Michel Steiner

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