Au plaisir (Arnaud Beaujeu)

Au plaisir
d’un jour nous retrouver
d’un jour nous révéler tels que nous sommes
et toujours qu’en nous-mêmes l’éternité nous change

 

Odilon Redon

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Un exil au bord de la mer (Arnaud Beaujeu)

A l’arrivée que reste-t-il
une attente au bord de la mer
la vie continue de tourner

*

Les uns remplacent les autres
et les vagues continuent sans relâche de frapper
le rivage des années

*

Toujours le même
toujours
tout aussi insensé

La vie s’agite en mille couleurs mille folies traversées
que le vent balaie une à une
jusqu’à épuisement

*

Demain nous irons traverser
d’autres folies d’autres chimères
en attendant

*

Un exil au bord de la mer agite
les rideaux légers
les carreaux-ciments sont des pierres inanimées

Un fort se détache en lumière
enlacé d’un bougainvillée
nous irons jouer dans la mer au bonheur retrouvé

*

Tournent les heures de la journée
chacune est belle d’une unité
de tons et de couleurs

*

On passe cette vie dans le bleu
dans la joie d’exister pleinement
jusqu’à n’être plus

La mer se lève le matin
avec tous les noyés les morts les trépassés
elle se réveille d’un long sommeil pour les ressusciter

*

Certains font la planche
d’autres nagent le dos crawlé
puis ils se sèchent au soleil avant de petit-déjeuner

*

On se promène souple et léger dans les rumeurs du jour
à peine a-t-on le temps de se retourner
que déjà le soir arrivé

Etre là
sans trop savoir pourquoi
au milieu des jeux et combats

*

Laisser passer les jours ronds et pleins chaque fois
vivre d’amour et d’eau salée
jusqu’au prochain échouage

*

La mer parle la nuit
elle raconte des histoires à dormir debout
elle parle toute la nuit

*

Et tous les âges de la vie
se retrouvent en ces heures
où le soleil luit

Texte et photo: Arnaud Beaujeu (Tous droits réservés)

L’image contient peut-être : ciel, plein air, eau et nature

Lettres de Jeanne (7). Inédit – Arnaud Beaujeu

Mon chéri,

Voilà le dixième jour que je suis collée « at home » et malgré le confort de l’appartement de Colette, je commence à en avoir ras le bol. Heureusement, mes yeux commencent à prendre un air plus normal et mon allure de lapin albinos se résorbe.

J’ai comme compagnie une énorme chatte nommé Pétunia et un poisson rouge qui tourne en rond dans un bocal. Ca me fend le cœur. Même chez les poissons rouges il n’y a pas de justice. Quand je pense aux miens si joyeux dans leur petit étang. A propos faut absolument que je rapporte des nénuphars…

Pour couronner le tout, j’avais depuis quelques temps un muscle de la cuisse déplacé. Est passé avant-hier un médecin suisse mais aussi rebouteux. Il m’a remis cela d’un coup de pouce. Aiaiai !

Les premières feuilles de marronnier pointent avec un mois de retard. Les pauvres volatiles ne savent où faire leur nid ! J’ai aperçu hier, depuis le balcon, dans le petit gazon qui borde l’immeuble, un œuf de ramier ou tourterelle lâché en vol, je suppose, car cassé. Cela doit être la panique dans la gente emplumée. Les mésenges (?), elles, trouvent toujours un creux quelque part…

…Ce n’est pas d’écrire qui me casse les pieds. C’est d’aller à la recherche des fautes de frappe et orthographe : et si j’ai envie, moi, de mettre un « e » à « mésenge ». A quand l’orthographe à la Zazie ?

A propos, je viens de prendre la décision (en t’écrivant) de me payer une nouvelle machine à écrire ; celle-ci devient vraiment trop pénible. Je pense que je pourrai trouver cela, quand je serai remise, sur le boulevard d’en bas. Ils doivent avoir des marques allemandes (achetons français !)…

En même temps, et du coq à l’âne, je dois reconnaitre que je suis devenue amère, depuis plusieurs ans au sujet des Français, ce qui me fait souvent râler. Je pense que c’est surtout que j’avais un tel amour de la France… On ne souffre que de ce qu’on a beaucoup aimé.

……………………. ; ;

J’ai stoppé ma lettre car je voulais te téléphoner, et puis j’ai pensé que tu avais autre chose à faire et je suis toujours heureuse de te savoir avec des jeunes à faire autre chose qu’un scrabble avec moi.

Ne t’en fais pas, je me console en lisant des livres sur le Vedanta et la sagesse hindoue, et en faisant des puzzles de plus en plus compliqués. Le hic, c’est que quand j’en commence un, je ne peux plus le lâcher. Je suis attirée vers la table de bridge où se trouve le puzzle comme une mouche par le miel. C’est une espèce de drogue.

Tout à l’heure, j’ai fait monter du self-service, en bas de chez Colette, des cornets d’amour, genre ceux d’Angleterre. Divin. Cela console de tout et rend ce siècle vivable. Je les déguste en regardant un merveilleux coucher de soleil derrière l’écran des grands arbres…

Mon grand, faut que j’arrête cette babillarde car j’ai encore un tas d’autres lettres à écrire. De tout cœur, je t’embrasse. Jeanne.

 

P.S. : Je devrais recommencer cette lettre à moitié décousue, mais n’en ai pas le courage. Je dois faire une chute de tension – ou d’attention…