Où le chemin… (Arnaud Beaujeu)

Où le chemin commence les pas sont magnifiques
un tapis d’aiguilles atténue les voix
Le grand air nous invite on marche sans un doute
aimantés de nature on s’enchante de tout
Un chemin nous rassure de ses arbres et de ses lumières
de ses cailloux clairs de ses joies
Un autre passe dans les bois parmi de petits tas de pierres
– il faut enjamber le ruisseau pour longer un champ

 

A la croisée des voies le vent nous aveugle
Comme à colin-maillard on tourne sur soi
On prend ce chemin-là sans savoir où il va
s’il y aura un replat une route
Celui-ci tourne à gauche il faut passer un gué cerné de genêts
C’est peut-être une impasse
Celui-là monte droit puis casse d’un seul coup
il se poursuit pourtant en passant le pont

 

Au mitan du parcours
on a la tentation de rebrousser chemin
et en même temps ce serait dommage
de ne pas aller voir
plus loin

 

Un chemin ne dit rien
Empierré de matière il vibre sous les pas et ne s’ouvre qu’à lui
On revient sur ses pas
Est-ce que l’on s’est perdu ?
Mieux vaut continuer reprendre le bon cours
c’est plus beau plus intéressant en allant de l’avant
Tout au bout du chemin il y aura autre chose
peut-être une aventure peut-être une autre voie

(Arnaud Beaujeu, Tous droits réservés)

Tableau: Cézanne

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… (Arnaud Beaujeu)

Et derrière le rideau des feuilles d’eucalyptus, des profondeurs de lumière verte et de nature irrévélée

(Arnaud Beaujeu, L’Amour de vivre, ed. NU(e), 2014)

Tableau: Rothko

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« Les vies éventrées » (Arnaud Beaujeu)

Saccage des émotions, les maisons sont restées debout, mais éventrés, les souvenirs dans les nuits se sont désagrégés comme pauvres errants, l’église est bouche d’ombre, le toit s’en est allé

Un matin, les gendarmes sont venus les chercher, il fallait quitter le village, abandonner les tombes, les arbres, les vergers. Il n’y aurait plus de troupeaux. A la place : des bombes

Le portail de la grange à présent ne dit plus grand-chose, c’est déjà loin tout ça… mieux vaut ne pas trop y penser… Mais les rues dévastées continuent de hurler leur oubli jusque dans les choses. Leurs cris s’égarent dans les champs, au pied des peupliers

Les femmes ont pleuré leur tout petit, leur village, du fond de leur passé. Grand-père passait du cirage sur ses souliers, l’été, les ruches bourdonnaient, l’orage s’éloignait, revenait, sur les soirées ensoleillées

Ainsi nos existences, bien construites et closes, finissent-elles par s’effilocher. Ouvertes aux quatre vents, elles ne savent plus grand-chose du passé

 

(Texte et photo: Arnaud Beaujeu. Tous droits réservés)

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