L’Affaire du rubis (Arnaud Beaujeu), Acte III

III – La poursuite

1 – Le puits

Au logis de la mère et ses trois enfants. C’est un rez-de-chaussée obscur qui donne sur une cour à l’angle de laquelle se trouve un puits. Jacques, blessé, est allongé sur une paillasse.

La Mère : Marie, va donner à boire à ton frère.

La petite Marie : oui man !

La petite va remplir un gobelet dans le seau à côté du puits puis le porte à Jacques qui boit difficilement.

La Mère : Marie, sais-tu où est passé Samuel ?

La petite Marie : Nan !

La Mère : Toujours en train de vadrouiller celui-là ! Tiens, viens m’aider à pétrir la pâte…

On frappe plusieurs coups sourds à la porte.

La Mère : On vient… On vient…

Elle se lève pour aller ouvrir. Apparaissent Tue-la-Mort, Grippe-Soleil et Trousse-Caille. La Mère va aussitôt prendre Marie dans ses bras.

Tue-la-Mort : Alors, la Mère, il paraît que ton Jacquot l’a échappé belle !

La Mère (interdite) : Je ne vous connais pas.

Tue-la-Mort : Nous sommes les truands de Lyon. Tu nous connais au moins de réputation !

La Mère ne répond pas. Marie commence à pleurnicher.

Tue-la-Mort : Nous cherchons ton Samuel.

La Mère (très inquiète) : Samuel n’est pas là. Que pouvez-vous bien lui vouloir ? Il n’a rien à voir avec vous.

Tue-la-Mort (sortant un couteau) : Est-ce qu’il ne t’aurait pas remis quelque chose par hasard, la Mère ?

La Mère : Je ne vois pas ce que vous voulez dire.

Tue-la-Mort : Ah bien, tu ne vois pas ! Grippe-soleil et Trousse-Caille, fouillez le taudis. Je m’occupe de la Mère.

Pendant qu’il a mis le couteau sous la gorge de la Mère, la petite Marie est allée se réfugier derrière le puits. Les deux Truands retournent tout de fond en comble.

Tue-la-Mort : Regardez aussi sous la paillasse !

Grippe-soleil et Trousse-Caille renversent la paillasse, faisant tomber Jacques à terre, lequel pousse un cri de douleur auquel répond un gémissement de la Mère.

Grippe-soleil : Il n’y a rien, Tue-la-Mort ! Ce satané gamin l’a sûrement avec lui.

La Mère : De quoi parlez-vous ?

Tue-la-Mort (l’ayant relâchée) : De rien, la Mère. Si on te demande, dis que tu ne nous as pas vus. Nous saurons bien trouver ton Samuel, va ! Attends-toi à nous voir revenir…

Au moment où les truands s’apprêtent à sortir, le gardiateur entouré de sept gardes fait irruption. Aucun moyen pour les truands de s’échapper.

Le gardiateur (à celui qui a témoigné) : Lequel de ces sbires reconnais-tu, garde ?

Le garde (désignant Grippe-Soleil) : Sans aucun doute, c’est bien lui !

Le gardiateur : Eh bien qu’on le mette aux fers, avec ses compagnons. Nous saurons bien les faire parler.

Au moment où les gardes s’apprêtent à arrêter les truands, on entend un bruit du côté du puits. La Mère pensant que c’est Marie l’appelle auprès d’elle. La petite d’abord ne bouge pas, puis vient la rejoindre. Les gardes attachent les truands, quand un bruit se fait de nouveau entendre. Cette fois, c’est une pierre qui tombe au fond du puits. Le gardiateur s’approche quand Samuel surgit comme un diable et parvient à s’enfuir par la porte, sans que les gardes ni le gardiateur n’aient eu le temps de réagir.

La Mère (stupéfiée) : Samuel ! Samuel !

Tue-la-Mort (au gardiateur, entre ses dents) : C’est plutôt après lui que vous devriez chercher…

Le gardiateur (à quatre de ses gardes) : Menez ces trois ribauds, à la prison Saint-Jean. (Aux trois autres gardes) Quant à vous, suivez-moi ! On va retrouver ce gamin !

2 – A travers les ruelles

Poursuivi par les gardes, Samuel se faufile à travers une ruelle obscure.

Un garde : Il est parti de ce côté !

Le gardiateur : Hâtez-vous !

Les gardes s’engouffrent dans la ruelle. Mais Samuel a déjà bifurqué et se tient immobile contre le mur d’une impasse, pendant que les gardes le dépassent. Une fois qu’ils se sont éloignés, il prend la rue à rebrousse-poil, quand il tombe nez-à-nez avec le Malingreux armé d’un poignard.

Le Malingreux : Alors, salopard ! Donne-moi le rubis et tu as la vie sauve !

Au moment où le Malingreux veut l’empoigner, Samuel esquive à la fois le poing et le poignard et parvient à passer. Il court de toutes ses forces à travers ruelles et passages, évitant charrois, tréteaux et animaux. Aidés par des chalands, les gardes ont retrouvé sa trace. Il fuit en direction de la Porte Saint-Georges pour traverser le pont.

Un chaland : Arrête-toi, malheureux, tu n’as aucune chance !

Mais Samuel poursuit sa course malgré tout. A la porte Saint-Georges se tient assis le Sabouleux qui place sa canne en travers du passage. Samuel, n’ayant pas eu le temps de la voir, trébuche de tout son long et lâche le rubis qu’il tenait dans sa main.

Le Sabouleux : Nous y voilà !

Et comme il se précipite pour ramasser la pierre précieuse, Samuel comme un furibond se redresse et bondit sur le rubis en même temps.

Le Sabouleux (le frappant de sa canne) : Lâche-le !

Samuel : Pas question !

Il s’empare de la canne et la jette bien loin. Le Sabouleux perd l’équilibre. Samuel aussitôt s’élance vers le Pont.

3 – Le Pont sur la Saône

Alors que les gardes arrivent à la Porte Saint-Georges, le Sabouleux s’éclipse en boitillant.

Le gardiateur (apercevant l’adolescent) : Emparez-vous de lui !

Le bourgeois drapier qui finit de traverser le Pont dans l’autre sens, se fait bousculer par Samuel.

Le bourgeois drapier (le reconnaissant) : Mais je t’ai vu dans la montée, lors du passage du Pape !

Samuel ne lui répond pas. Le drapier se fait bousculer une seconde fois par les gardes.

Le bourgeois drapier : Doucement ! Doucement !

Arrivé au milieu du Pont, Samuel aperçoit une mendiante, la main tendue pour faire l’aumône. Il lui glisse aussitôt le rubis dans la main. Les gardes n’ont rien vu.

Les gardes : Arrête-toi, gamin !

Mais Samuel est déjà debout sur le parapet, prêt à sauter dans la Saône. Tous se sont arrêtés.

Le gardiateur : Attends ! Attends ! Gamin !

Samuel ne l’écoute pas. Il saute et disparaît au fond du fleuve tourbillonnant. Nul ne saura s’il en réchappera.

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L’Affaire du rubis (Arnaud Beaujeu), Acte II

II – L’enquête 

1 – Le conseil royal 

Le roi Philippe Le Bel entouré de sa garde et de ses conseillers. L’archevêque de Lyon est là en invité. 

Le roi Philippe : Eh bien, gardiateur, quelles nouvelles de la santé du duc de Bretagne ? 

Le gardiateur : Il est au plus mal, Monseigneur : ses blessures sont si graves qu’il va probablement succomber dans les heures qui viennent. 

Le roi Philippe : Sa Sainteté en revanche semble saine et sauve, n’est-ce pas l’Archevêque ? 

L’Archevêque de Lyon : Oui, mais son frère, Gaillard de Got, n’a pas survécu. 

Le roi Philippe : Sic transit gloria mundi. 

L’Archevêque de Lyon : En effet, Majesté. Toutefois se pose un autre problème… 

Le roi Philippe : Lequel, Monsieur l’Archevêque ? 

L’Archevêque de Lyon : Comme vous le savez, le Pape Clément, dans sa chute a perdu sa tiare. Or un rubis, d’une valeur inestimable, s’en est détaché. 

Le roi Philippe (au gardiateurEh bien, n’a-t-on pas fait des recherches ? 

Le gardiateur : Si fait, Monseigneur, les gravats ont été tournés et retournés : nous n’avons rien trouvé. 

L’Archevêque de Lyon : C’est très fâcheux, Majesté. Le Pape Clément pourrait en prendre ombrage. 

Le roi Philippe : Votre inquiétude vous honore, Monsieur l’Archevêque. Toutefois, mêlez-vous de ce qui vous regarde… Gardiateur, vous irez personnellement transmettre un message d’amitié de ma part à sa Sainteté quant à la mort de son frère. Vous l’assurerez également qu’en ce qui concerne la disparition de ce rubis, nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour le retrouver. 

Le gardiateur : Bien, Monseigneur. 

Le roi Philippe : A-t-on fouillé les logis des vilains ou manants de la montée Beauregard ? 

Le gardiateur : Pas encore, Monseigneur. J’en donne l’ordre, aussitôt. 

Un garde : Monseigneur… 

Le roi Philippe : Qu’as-tu, drôle ? 

Le garde : Il se trouve, que j’étais à proximité lorsque le mur s’est effondré. 

Le roi Philippe : Et donc ? 

Le garde : Et donc, Monseigneur, j’ai cru reconnaitre, parmi les badauds, un de ceux qu’on appelle les Truands de Lyon. 

Le roi Philippe : Tiens donc ! Vous veillerez à enquêter de ce côté-là aussi, gardiateur ! 

Le gardiateur : Bien, Monseigneur. 

Le roi Philippe : Quant à vous, l’Archevêque, j’ai ouï dire qu’une certaine animosité régnait dans votre parti contre les gascons de la suite papale : il serait dommage que cela dégénère ; Clément pourrait… comment… « en prendre ombrage », comme vous dîtes. 

L’Archevêque de Lyon : N’en ayez crainte, Majesté… 

2 – Les Truands 

Le Malingreux, chef des Truands de Lyon, entouré des siens. 

Le Malingreux : Gens de petite flambe, ribauds et ribaudes, mendiants, voleurs et assassins ! L’heure est grave : comme certains d’entre vous ont dû l’apprendre tout à l’heure, le pape des riches a laissé choir sa « sacrée tiare » dans la boue ! Certains, parmi nous, étaient là ! Mais la garde papale a su récupérer ce trésor avant nous…  

Trousse-caille : Tu parles, ils ne lâchent jamais rien, ces satanés coquins ! 

Tue-la-mort : L’or va à l’or comme la misère va au vaurien ! 

Le Malingreux : Bien dit, Tue-la Mort ! Quant à toi, Trousse-Caille, j’espère que pendant ce temps, tu as pu faire les poches de quelque gros marchand… 

Trousse-caille : Pour sûr, Le Malingreux : voici quelques gros tournois, fauchés à un drapier et à un pelletier, pendant qu’ils regardaient passer le cortège ! 

Le Malingreux : C’est bien, mon gredin, je sais qu’on peut compter sur toi ! (Un temps.) Toutefois, il y a autre chose… La rumeur court, à travers les ruelles, qu’un gros rubis de cette tiare a disparu ! ça ne te dit rien, Le Sabouleux ? 

Le Sabouleux (appuyé sur sa canne) : Je n’ai rien vu, le Malingreux. 

Le Malingreux : Pourtant, c’était bien toi qui était posté au bas de Beauregard, quand le mur est tombé. 

Le Sabouleux : Oui, j’étais bien là, mais la cohue a été telle que je m’suis fait rejeter en contre-bas. 

Le Malingreux : C’est bien malheureux… Trompe-Caille et Tue-La-Mort, fouillez-le ! 

Grippe-soleil : Attendez, il dit vrai : j’étais avec lui quand le pape a chuté. Il y avait un jeune maraud qui cherchait son frère dans les gravats.  

Trousse-caille : Tiens, quand j’étais occupé, un peu plus haut, à détrousser le drapier, un jeune est justement descendu avec une petite, pour aller retrouver son  frère et sa mère…  

Grippe-soleil : C’est eux, la mère criait « Jacquot ! », « Mon Jacques ! » comme une désespérée… Eh bien, quand le jeunot a eu fini de dégager son frère, je l’ai vu ramasser quelque chose… 

Le Malingreux : Et as-tu vu c’que c’était, Grippe-soleil ? 

Grippe-soleil : Non, c’est allé trop vite. Mais il l’a mis dans sa poche, comme si de rien n’était… 

Le Malingreux : As-tu entendu son prénom ? 

Grippe-soleil : Attends… (Un temps.) Oui, je crois : sa mère l’appelait Samuel ! 

Le Malingreux : Eh bien, nous n’allons pas tarder à les retrouver… 

(A suivre… Tous droits réservés)

L’Affaire du rubis (Arnaud Beaujeu) Acte I

I – Le cortège papal 

Le 14 novembre de l’an de grâce 1305. La foule des grands jours, dans la montée Beauregard. 

1 – L’attente 

La Mère: Sais-tu où est passé ton frère, Samuel ? 

Samuel : Je crois qu’il est descendu plus bas dans la montée, pour grimper sur un mur d’où il pourra mieux voir le pape… 

Un bourgeois drapier : Il est vrai que plus haut, depuis la porte des Farges, le passage est étroit… 

Un bourgeois pelletier : Vous croyez qu’ils ont terminé ? Ca a dû être une sacrée cérémonie – c’est le cas de le dire – à l’Eglise Saint-Just ! 

Un bourgeois du quartier Saint-Paul : Il paraît que le pape doit nommer dix cardinaux. Il faut laisser le temps au temps… 

La Mère : Samuel, reste bien ici avec ta sœur : je vais voir si je peux trouver ton frère… 

Samuel : D’accord, m’man.  

Le bourgeois de Saint-Paul : Vous croyez que le pape sera juché sur sa mule ? 

Le bourgeois drapier : A moins que lui-même ne porte le roi sur son dos ! 

Le bourgeois pelletier : Ha ! Ha ! Ha ! Je doute que Philippe monte sur un si p’tit destrier ! 

Le bourgeois drapier : En tout cas, ils font bien leurs affaires, et le maigrelet pape Clément doit certainement sa tiare au roi… 

Un bourgeois du quartier Saint-Nizier : Sûr que Philippe a bien choisi sa mule pontificale ! 

Le bourgeois pelletier : Qu’entendez-vous par là ? 

Le bourgeois de Saint-Nizier : Qu’après le différend avec le pape Boniface qui voulait même l’excommunier, le roi Philippe a eu tout intérêt à faire élire un pape plus proche de la couronne de France… 

Le bourgeois pelletier : Allons ben ma foi ! 

Le bourgeois drapier : On dit même que c’est un allié du roi, le cardinal Orsini, qui a posé la tiare sur la tête papale… 

Le bourgeois de Saint-Nizier : Et c’est le roi Philippe qui a imposé à Clément, alias Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux,  ce couronnement à Lyon… 

Le bourgeois de Saint-Paul : Vous verrez que dans moins de dix ans, le roi de France aura fait tomber notre ville au fond de son escarcelle… 

Le bourgeois drapier : Ce qui n’est pas plus mal, depuis le temps que nous subissons les quatre volontés des chanoines-comtes de Saint-Jean et de l’archevêché : une nouvelle charte nous ferait bien du bien ! 

Le bourgeois de Saint-Nizier : Espérons que Philippe ait de la suite dans les idées… 

Le bourgeois pelletier : Et qu’après avoir choisi le roi de France contre le comte de Savoie, on n’ se soit pas trompé de cheval ! 

La petite Marie : Maman ! Maman ! Ze veux voir ma maman ! 

Samuel : Ne t’inquiète pas, Marie, maman va bientôt revenir.   

La petite Marie : Non, ze veux la voir tout de suite ! Maman ! Ma maman !  

Le bourgeois pelletier : Regarde, petite, le cortège arrive ! On entend les cris de la foule et les pas des chevaux ! 

2 – Le passage 

Samuel : On entend les trompettes royales ! 

Le bourgeois drapier : J’aperçois les belles étoffes des nobles de la cour ! 

La petite Marie : Oh, les zolis z’habits 

Le bourgeois de Saint-Paul : Il faut bien épater le peuple… 

Le bourgeois pelletier : Je crois que c’est le duc Jean II de Bretagne, vassal du roi, qui mène la mule du pape par la bride… 

Samuel : Mais on ne voit pas le pape : avec tous ces nobles qui l’entourent ! 

Le bourgeois drapier : Non, mais on voit sa tiare qui brille de mille feux ! 

La petite Marie : Oh ! les bizoux qui billent ! 

Le bourgeois pelletier : Oh ! Et voici le roi ! Vive Philippe le Bel ! Vive le pape Clément ! 

Le bourgeois de Saint-Nizier : Philippe a belle allure sur son beau cheval blanc. Son visage est de marbre. Probable qu’il sait ce qu’il fait et ne le montre pas… 

Le bourgeois de Saint-Paul : C’est vrai qu’il en impose ! 

On entend les vivats de la foule… 

La petite Marie : Hive le Boi ! 

Samuel : Vive le Roi ! Hourrah ! Hourrah ! 

Le bourgeois drapier : Voici les nouveaux cardinaux et Napoléon Orsini ! 

Le bourgeois pelletier : Ils ont fière allure, tout de rouge vêtus ! 

Le bourgeois de Saint-Paul : Ils peuvent… Avec la promotion qu’ils ont eue ! 

Samuel : Le cortège descend en direction du croisement de la Trinité. Viens, Marie, on va voir si on peut trouver Jacques et maman… 

3 – L’accident 

Samuel et Marie descendent la montée Beauregard et dépassent le cortège. 

Samuel : C’est juste fou le monde qu’il y a ! 

La petite Marie : Maman ! Je vois maman là-bas ! 

La Mère : Ah, vous voilà, les enfants ! Jacques est perché sur le grand mur, juste en face de nous. Vous le voyez ? 

La petite Marie : Oh, c’est Jacquot ! Coucou Jacquot ! Jacquot ! Jacquot ! 

On voit Jacques leur faire signe. 

La Mère : Venez, on va descendre encore plus bas. Il y a trop de cohue ici : vous avez vu le monde qu’il y a sur le mur ! 

Au moment où la tête du cortège arrive au niveau du grand mur, celui-ci s’effondre soudain, emportant dans sa chute les spectateurs qui s’y étaient perchés.  

Samuel : Regarde, Maman ! Le mur s’écroule et Jacques est emporté ! 

La Mère : Mon Jacques ! Au secours ! Jacquot ! A l’aide ! Au nom de Dieu ! 

Le mur en s’écroulant a enseveli le vassal du roi, Jean II de Bretagne, ainsi que le frère du pape, Gaillard de Got. D’autres nobles sont sous les gravats. Le pape Clément, est tombé de sa mule : il a perdu sa tiare, mais a tout juste eu le temps de se dégager, pendant que la mule s’est faite écrasée. Le roi Philippe, plus en arrière, est sain et sauf. Plusieurs badauds sont ensevelis : on entend des cris et des appels. Certains corps sont inanimés. 

La Mère (éplorée) : A l’aide ! Mon Jacquot ! Réponds-moi ! Mon Jacquot ! 

Samuel s’est précipité. Il creuse de toutes ses forces, pour enlever les gravats, là où il a vu tomber son frère. D’autres badauds font de même à plusieurs endroits. 

La petite Marie (désespérée) : Zacot ! Zacot ! Zacot ! 

Samuel, les mains en sang, croit soudain entendre la voix de son frère. 

Samuel : Jacques ! Jacques ! C’est toi ? 

Il continue d’ôter les gravats, mélange de terre et de galets. Du sang commence à apparaître, quand il entend une voix faible lui répondre. 

Jacques : Je suis là ! Sauve-moi. 

Samuel : Oh, Jacques, c’est bien toi. Attends, j’enlève cette pierre-là ! 

Il parvient à soulever l’énorme pierre, sous laquelle se trouve l’épaule de son frère et dégage son visage pour qu’il puisse respirer. Peu à peu, il l’extirpe des gravats, à demi-inanimé. La Mère se précipite pour aider Samuel à le porter. 

La Mère : Grâce à dieu, et à toi, Samuel, mon Jacques a la vie sauve ! 

D’autres badauds viennent les aider. Samuel épuisé tombe assis sur le côté, quand il voit briller quelque chose, à ses pieds. On dirait du sang, du sang coagulé. Mais non, c’est autre chose. Il saisit cette petite pierre lisse, rouge, ciselée, et la glisse aussitôt discrètement dans la poche de son pantalon. 

(A suivre… Tous droits réservés)