Et si la vie nous accomplit si le passé nous réunit si les étoiles du matin nous guident sur le bon chemin si parmi les rêves du soir certains nous donnent quelque espoir nous nous retrouverons, peut-être
Partir pour Saint-Brieuc, correspondance à Rennes, imaginer la gare et son dôme art déco, la baie de Saint-Brieuc après la vaste plaine aux arbres embrumés, souffle de l’océan par les rues de granite
Partir pour Bourg-en-Bresse en wagon rouge et or, voûte des acacias, rideaux gonflés de vent, et sur une banquette en skaï, rêver que l’on s’endort
Partir pour Limoges par la gare Montparnasse où les moineaux pépient, traverser forêts et clairières au soleil déclinant, arrêt en rase campagne, ne pas descendre sur la voie avant d’atteindre le centre-ville, gare des Bénédictines
Partir pour Cerisy, arrêt Carantilly, du moins si ce dernier existe encore, peut-être un chemin creux, peut-être un château fort, et dans le bocage endormi, les murs d’une abbaye en ruines
Partir pour les Arcs-Draguignan, une gare aux allures de Far West, avoir longé les vignes et les bords de l’Argens, quand des milliers de coquelicots, tels des lampions de jour, éclairent encore la ligne
Partir pour Lille-Europe, s’enfoncer dans la bruine, jusqu’au pont de Kharkiv et la grande roue des vertiges
Partir pour Florence où la pluie printanière, pensione sul Duomo, changer de train à Gênes, prendre le taxi fou de Genova Brignole à Piazza Principe, compartiments-filets, et les îles-tortues de la mer ligurienne, è pericolo sporghersi