Cocagne

Que la lenteur nous accompagne

que les lueurs naissent de l’ombre

et que le bleu ciel illumine

nos hivers alanguis

reviennent les temps de cocagne

que nous soient données d’autres nuits

au souffle des montagnes

(© Texte et photo : Arnaud Beaujeu. Tous droits réservés)

Renaissance

On a refermé les paupières

on a oublié le passé

on a écouté le silence

envahir toutes ces années

avant qu’un peu de l’espérance

renaisse avec les souvenirs

et que les cendres dispersées

nous redonnent naissance

(© Texte : Arnaud Beaujeu. Tous droits réservés)

Matisse, détail

Clarté

Tant d’harmonie dans le silence

tant de chaleur à partager

et tout au bout de la journée

ce feu continue de brûler

pour rassurer notre innocence

et pour donner plus de clarté

à la candeur de nos années

(© Texte : Arnaud Beaujeu. Tous droits réservés)

Firmament

L’amour dansait dans la lumière

le temps passait si doucement

que pas un bruit ne l’empêchait

de chuchoter à notre oreille

la complainte du firmament

et de réchauffer notre coeur

au plus profond de son serment

(© Texte : Arnaud Beaujeu. Tous droits réservés)

Espoir

Et si la vie nous accomplit
si le passé nous réunit
si les étoiles du matin
nous guident sur le bon chemin
si parmi les rêves du soir
certains nous donnent quelque espoir
nous nous retrouverons, peut-être

(© Texte : Arnaud Beaujeu. Tous droits réservés)

Robert Delaunay

Merveilles

Nous partirons au grand soleil

nous danserons autour d’un feu

nous écrirons nos vies pareilles

à des étoiles dans les cieux

nous découvrirons des merveilles

nous volerons au firmament

nous écouterons tous les chants

d’amour des immortels

(© Texte : Arnaud Beaujeu. Tous droits réservés)

Poussin, détail

Sept points cardinaux

Partir pour Saint-Brieuc, correspondance à Rennes, imaginer la gare et son dôme art déco, la baie de Saint-Brieuc après la vaste plaine aux arbres embrumés, souffle de l’océan par les rues de granite

Partir pour Bourg-en-Bresse en wagon rouge et or, voûte des acacias, rideaux gonflés de vent, et sur une banquette en skaï, rêver que l’on s’endort

Partir pour Limoges par la gare Montparnasse où les moineaux pépient, traverser forêts et clairières au soleil déclinant, arrêt en rase campagne, ne pas descendre sur la voie avant d’atteindre le centre-ville, gare des Bénédictines

Partir pour Cerisy, arrêt Carantilly, du moins si ce dernier existe encore, peut-être un chemin creux, peut-être un château fort, et dans le bocage endormi, les murs d’une abbaye en ruines

Partir pour les Arcs-Draguignan, une gare aux allures de Far West, avoir longé les vignes et les bords de l’Argens, quand des milliers de coquelicots, tels des lampions de jour, éclairent encore la ligne

Partir pour Lille-Europe, s’enfoncer dans la bruine, jusqu’au pont de Kharkiv et la grande roue des vertiges

Partir pour Florence où la pluie printanière, pensione sul Duomo, changer de train à Gênes, prendre le taxi fou de Genova Brignole à Piazza Principe, compartiments-filets, et les îles-tortues de la mer ligurienne, è pericolo sporghersi

(© Texte : Arnaud Beaujeu. Tous droits réservés)

Jacques Ferrandez

Chanson

Chanson s’accorde à nos mémoires

chanson pour plus peur dans le noir

chanson pour le délassement

contre l’ennui, fuite du temps

chanson pour flotter dans les airs

pour s’envoler de joie

chanson juste comme ça

contre l’absence

en souvenir de moments partagés

chanson retombée en enfance

pour bercer nos années

traverser les rivières

danser ou résister

chanson pour fredonner

pour grimper aux échelles

pendants d’oreilles et cerisiers

chanson pour tous les exilés

ronde triste à l’air désolé

dernière chanson avant l’aurore

complainte ou cantate obstinée

antienne pauvre et déprimée

chanson d’occase alambiquée

où retrouver notre innocence

et chanson pour se réveiller

libre de nos angoisses et toute éternité

(© Texte : Arnaud Beaujeu. Tous droits réservés)