Après-midi d’été…

Après-midi d’été au bord de la rivière et dans le chant de l’eau qui scintille

La terre est dure et craquelée où l’on remonte la rivière

Les lauriers-sauce ont poussé en une forêt parfumée

Des peupliers des noisetiers et les ombres des patineurs qui glissent sur les fonds sableux

(Arnaud Beaujeu, L’Amour de vivre, éd. Nu(e), 2014)
Photo: A.B.

Le pays des en-allés (A.B.)

Une remorque sans roues, des objets remisés, c’est comme si tout vous attendait depuis des années, les râteaux et les fourches, manches en bois, dents d’acier, accrochés en hauteur contre le pisé, une brouette d’été, une cage à lapin, un piège à rats, l’odeur du foin, des graines traînent avec le pain

Lièvre à l’orée du jour, à l’orée du bois clair, ou lièvre à contre-jour… le cri de l’épervier comme un signal d’été, une volée de moineaux dans les haies

Au moindre craquement du jour, tout est si frêle si léger qu’un roucoulement de colombe suffit à vous apaiser, vous rêvez de vous éveiller sans un doute, mais le premier à se lever chantera l’aube comme personne avant lui

Sous un chapeau de paille, vous regardez les arbres, en faisant miroiter le vert le bleu l’été, juillet les champs de blé sous le soleil des âges, un nid dans un pommier à hauteur de visage, les oiseaux envolés comme dans un présage

Au chemin des quatre feuilles, au pays des en allés, dans la lande et le cerfeuil, votre amour s’est reposé, sous l’arceau des acacias, sous la voûte des tilleuls, chaque pierre à chaque pas vous à redonné accueil

Les vaches font conciliabule à l’ombre du pré, les meules de foin roulent jusqu’à la vallée, chapelle dans les vignes auprès des bois serrés, dans un bruissement d’ailes au-dessus de vos têtes, l’amour s’est envolé

Paille dorée bleuets et pousses de son dans les prés, le vent dans les grands arbres file à toute allure, passe au-dessus des blés, suit la courbe de la montagne, revient dans la vallée, vent qui fait remonter la Saône et les joncs sont penchés sous les grands peupliers

Celui qui chante sa vie chaque soir au sommet d’un toit sait bien que sa vie a un écho, des grillons dans la nuit font crépiter leur son strident, discontinu, comme par millions

Entre maïs et tournesol, un petit noisetier, un champ abandonné, arbres couverts de pommes, pruniers poiriers couchés, les ruches délaissées, les herbes chiffonnées sous les acacias bleus un tout petit sentier où les mûres des ronciers sont si bonnes

Sous un noyer médiéval

où les herbes sont couchées

des abeilles et des pommes

de sinople et d’or

Les murs de pisé éventrés, les saules les cadoles, les charolais sont allongés, les pigeonniers et les écoles, vignes dorées dans la vallée, ourlées de vert d’ambre et de terre, fontaine d’or des peupliers sur le vert sombre de la Saône, octobre ensoleillé

Les vignes dégringolent en cascades dorées, les arbres se sont embrasés, vives les couleurs de l’automne, dans les taillis abandonnés, vignes russes ou mordorées

Chardon muet, les murs de mousse, les ormes forment un peu de brume, la lumière fauve et douce, un corbeau dans un champ, du gui dans les noyers, le clocher dénudé… un cheval et une poule et le froid va tomber sur la nuit de novembre

Trouée dans les cieux, arbre désolé dans les champs blancs et terre, croassements de corneilles, sur la feuille étincelle un peu de givre blanc, sol givré le ruisseau va bientôt se glacer, la lumière vive et claire, talus bordé de terre, les nuages qui passent, et l’hiver

Sous les bois belles jonquilles, sur un arbre le corbeau, les garçons aiment les filles et parfois les damoiseaux, les gouttes pianotent sur les feuilles du griottier, la petite église est fermée

Hirondelles et passereaux,

immense l’ombre de la mer

hirondelles et passereaux

mansuétude de la terre

Mousses et lianes, l’orée d’un bois, champ d’éphémères aux fleurs semées, un tout petit sentier de buis et de fougères d’ombres et de lumières, votre âme déposée au beau milieu d’un pré, biche aux abois verte campagne, pierre plantée, agneau de Dieu

Au cœur tendre et ardent de l’immense lumière

(A. Beaujeu, revue Arpa n°102, octobre 2011)

Photo: A.B.

Ta joie… (A.B.)

Ta joie justifie qu’avec toi je revive, que je fasse un effort, ne serait-ce qu’un effort, pour que ta joie revive. Tu peux prendre ton temps, du moment où tu ne retournes pas en arrière ou vers des choses qui désespèrent

(Arnaud Beaujeu, Tous droits réservés)

… (A.B.)

Marjolaine, bardane, alliaires et pavots
Pâquerettes, pas d’âne, épines, mélilots

La bourrache et la chicorée par le pré se sont mélangées

Aubépine, brunelle, surelles, céleri
Boucages en ombelles, faucilles et carvi

J’ai jeté quelques graines de fenouil et de salsifis

(Arnaud Beaujeu, L’Amour de vivre, éd. Nu(e), 2014)

Photo: A.B.

… (A.B.)

A gouttes fines et serrées, tombe la pluie sur les fraisiers, les cerisiers, les framboisiers, tandis qu’à l’intérieur un feu crépite et que l’osier du panier bruisse, à chaque bûche retirée

(Arnaud Beaujeu, Tous droits réservés)

 

… (A.B.)

Ecoutez le chant des oiseaux les trilles les martinets tout là-haut, le merle sifflotant les grives les pies les stridences, qui traversent les mots

(Arnaud Beaujeu, XXI, suivi de Post Mortem, 5 sens éditions, 2015)