Astre d’or bleu nocturne feuillages envoûtés
Perdre pied perdre cime
Perdre l’éternité
(© Texte : Arnaud Beaujeu. Tous droits réservés. )

Van Gogh


(© Texte et photo : Arnaud Beaujeu. Tous droits réservés)







commande possible sur le site de l’éditeur: http://www.5senseditions.ch/ …ou sur le site de la FNAC.
1 – L’expérience poétique n’a-t-elle partie liée avec l’exploration du monde spirituel, à travers la porosité de ses cheminements ? Là où les mots font signe, s’ouvrent d’autres rapports au temps et à l’espace de la méditation. Les cartes du tarot des Visconti-Sforza, elles-mêmes créées au XVe siècle à la cour de Milan, m’ont invité à rechercher une parole créative qui outrepasse la raison discursive, pour tenter d’opérer une sorte de tirage divinatoire, enquête à la jonction des Verbes physique et métaphysique, dans le creuset d’une alchimie où se rencontrent les influences néoplatoniciennes de Marsile Ficin, les fresques de Botticelli et la mystique de Dante.
2 – Les Arcanes majeurs, au nombre de XXI, ont valeur herméneutique – voire en partie pédagogique – pour Marsile Ficin qui les a classées en sept colonnes (de Jupiter, de Mars, de Vénus, de la Lune, du Soleil, de Mercure et de Saturne). Chaque colonne contient une carte appartenant au monde matériel, une autre au monde intermédiaire, la troisième au monde spirituel. Chaque carte concilie la pensée de Platon avec les valeurs de la Chrétienté. Il s’agit d’accomplir un parcours initiatique à travers les expériences de vie, de mort et de résurrection. Une XXIIe carte, celle du Mat ou de Fou, reste extérieure à ce parcours : du moins son silence parle-t-il à lui seul.
3 – Sans suivre fidèlement cet ordre ésotérique, lui-même nourri d’ambivalences et de renversements, j’ai voulu interroger poétiquement les réseaux et constellations naissant entre ces cartes – deux d’entre elles (le Diable et La Maison-Dieu) ayant disparu, elles sont remplacées dans l’édition par des As du même jeu des Visconti-Sforza. Aussi ne s’agit-il pas pour le lecteur de chercher une correspondance directe entre le texte et son vis-à-vis pictural, mais davantage d’entrer en résonance avec des épaisseurs de sens, de possibles reconnaissances.
4 – Au reste, ce sont à d’autres sources que celles offertes par les cartes que j’ai aussi puisé, notamment à des références propres à la Renaissance italienne. Une récurrence est celle des pèlerins de Dante qui peu à peu sortent de l’Enfer (la Caverne de Platon), pour tomber à l’envers, renaître à la lumière. Une autre récurrence est celle de la Vénus de Botticelli, ami de Ficin à la cour de Florence, et dont on pense qu’il a pu être à l’origine des figures du tarot de Marseille. Enfin le titre XXI fait bien sûr écho à notre propre siècle.
5 – La question des fins dernières – ou question eschatologique – qui relie les deux mondes des morts et des vivants, à travers l’expression d’une parole mémorielle, poétique par excellence, se trouve au cœur des derniers textes de XXI, comme de ce premier ensemble, représentant l’un des deux panneaux du diptyque constitué avec l’ensemble suivant POST MORTEM, dans lequel s’initie une quête parallèle, de l’ordre d’une traversée de l’expérience du deuil et du geste artistique, dans son tracé, son va-et-vient du terrestre au céleste.
6 – « Êtres de passage » est à la fois prière, creusement de la matière et grand-œuvre infini, à la façon dont Giacometti génère une densité négative, un magnétisme noir et pourtant lumineux. « Viens » est aimanté par la présence des toiles de Michel Steiner, peintre de la sur-présence disparue dans le blanc. « Au bout de ta mémoire » inscrit en lettres capitales, en gestes simples et précis, en errance et en effacement, les lieux et prénom de la mort. Enfin, le poème « En suspens » est une plongée dans le souffle et le corps habités d’une nature révélée à son opalescence, quand l’écriture se penche sur le bord du silence.
7 – L’amour, la mort, l’enfance : autant de cartes du destin que ce second pan du diptyque explore avec ses mots, à l’envers de l’absence : POST MORTEM, parce que comme écrit depuis l’autre côté de la poésie. Ainsi l’ensemble du recueil (XXI suivi dePOST MORTEM) est-il une invitation à la traversée des deux mondes, réels et irréels, au revers l’un de l’autre, et que j’aimerais placer sous l’égide de Nerval lorsque ce dernier note dans Aurélia :
« Je ne sais comment expliquer que, dans mes idées, les événements terrestres pourraient coïncider avec ceux du monde surnaturel, cela est plus facile à sentir qu’à évoquer clairement. »


La revue Nu(e), dirigée par Béatrice Bonhomme et Hervé Bosio, édite en complément et de manière occasionnelle des textes courts. Ces ouvrages de petit format constituent la collection Poèm(e).
L’Amour de vivre, accompagné de 12 dessins du peintre Michel Steiner, est le premier livre de poèmes d’Arnaud Beaujeu, et a pour objet la rencontre de la lumière avec les mots.
On ne présente plus Michel Steiner : « Mi arpenteur, mi vagabond, attentif et rêveur tout ensemble, un peintre une fois encore aura tourné autour de ces choses visibles qui se dérobent, et le fascinent parce qu’elles se dérobent ; avec patience, avec impatience ; sans jamais s’en prétendre le maitre, plutôt l’élève étonné ; y cherchant partout des liens, des perspectives, des passages. » Philippe Jaccottet, « Dans la lumière de Vaucluse, Carnets de Michel Steiner et Philippe Jaccottet », Editions Galerie Gérard Guerre – 1983
Arnaud Beaujeu est l’auteur de deux livres sur l’œuvre théâtrale de Samuel Beckett : Matière et lumière dans le théâtre de Samuel Beckett, aux éditions Peter Lang (Oxford, Berne) en 2009 et Samuel Beckett : trivial et spirituel, aux éditions Rodopi (New-York, Amsterdam) en 2010. Il a publié des suites poétiques dans différentes revues (Nu(e), Arpa, Thauma, Serta, Contre-allées, Terres de femmes, Incertain Regard, l’Atelier de l’Agneau,etc.). Membre du comité de rédaction de la revue NU(e) et coordonnateur de deux numéros (« Michel Steiner », « Anthologie »), il a par ailleurs publié des articles sur la poésie moderne et contemporaine (Bernard Vargaftig, Jean-Pierre Lemaire, Pierre Dhainaut, Marie-Claire Bancquart, Béatrice Bonhomme-Villani, Charles Juliet, François Cheng, etc.).
