Les morts du cimetière veillent au-dessus des toits en tuiles cascadées, plus haut même que le campanile et l’horloge du clocher
Un vieux cyprès couvre le mur et les tombes de fer forgé. Dans un ovale émaillé, le nom d’une héroïne, morte après son enfant, à l’âge de 27 ans. Dispersée, la rose des vents
Au sortir du cimetière, d’abondantes figues violettes au cœur rouge éclaté
Le beau siècle, ce fut celui des ors et des habits, raffinés et légers, celui des rubans et des pierres, des jabots élégants et des croix de lumière. Ce fut le siècle lambrissé des escaliers à ciel ouvert, des lustres éclairés sur les journées d’hiver. Le siècle d’une montgolfière, d’un roi abandonné aux rêves trop lointains, aux plumes éphémères, dans la blancheur immaculée d’un monde sans misère. Ce fut le siècle des complots, le siècle des erreurs et d’une inespérance tragique. Le roi vit une dame blanche passer dans ses jardins. Le beau siècle ce fut le siècle de la mort
Réunis au pied de l’horloge astronomique la plus vieille du monde, nous attendons que sonnent les douze coups de midi. Le temps passe à la fois si vite et lentement, au rythme du balancement, profond, universel
Soudain, c’est un enchantement que l’horloge réveille au cœur de ces enfants que nous sommes toujours : un ange annonciateur renverse le sablier des heures et, tout à coup, le coq ouvre ses ailes de fer, pour avertir du prochain reniement
Puis tout se tait et j’ai envie de rire : pauvre divertissement
Mais c’est alors que tout commence, quand, par l’ouverture d’une porte de bois, l’archange Gabriel vient prévenir Marie et que descend sur elle, maladroite et si frêle, la petite colombe du Saint-Esprit
Aussitôt remontée par la trappe d’où venue, elle a cédé la place au mouvement béni du bras de notre Père, pendant que le gardien des heures fait sa ronde sur une tour de guet
Dès lors, Anne se réjouit, les douze coups résonnent, Gabriel se retire, le soldat disparait, et nous sommes repris par le cours de la vie