Où bientôt

Trois femmes te protègent et la plage s’étend

jusqu’aux roseaux, l’hiver

a laissé sur les bords de la mer des morceaux

de bois flottés parmi

les algues et les pierres

Elles ont laissé leurs chaussures sur les rochers sableux

elles descendent, les fissures

laissent passer de l’eau

Elles sourient. Ta mère, bandeau dans les cheveux

te serre dans ses bras. Le sable est déjà chaud

Déjà prêt, tu repars vers la mer où bientôt

les temps ne seront plus 

(© Texte : Arnaud Beaujeu / Dessin : Michel Steiner pour L’Amour de vivre, 2014 / Tous droits réservés)

27 ans

Les morts du cimetière veillent au-dessus des toits en tuiles cascadées, plus haut même que le campanile et l’horloge du clocher

Un vieux cyprès couvre le mur et les tombes de fer forgé. Dans un ovale émaillé, le nom d’une héroïne, morte après son enfant, à l’âge de 27 ans. Dispersée, la rose des vents

Au sortir du cimetière, d’abondantes figues violettes au cœur rouge éclaté

(© Texte et photo : Arnaud Beaujeu, Tous droits réservés)

Le beau siècle

Le beau siècle, ce fut celui des ors et des habits, raffinés et légers, celui des rubans et des pierres, des jabots élégants et des croix de lumière. Ce fut le siècle lambrissé des escaliers à ciel ouvert, des lustres éclairés sur les journées d’hiver. Le siècle d’une montgolfière, d’un roi abandonné aux rêves trop lointains, aux plumes éphémères, dans la blancheur immaculée d’un monde sans misère. Ce fut le siècle des complots, le siècle des erreurs et d’une inespérance tragique. Le roi vit une dame blanche passer dans ses jardins. Le beau siècle ce fut le siècle de la mort 

(Arnaud Beaujeu, Tous droits réservés)

L’horloge

Réunis au pied de l’horloge astronomique la plus vieille du monde, nous attendons que sonnent les douze coups de midi. Le temps passe à la fois si vite et lentement, au rythme du balancement, profond, universel

Soudain, c’est un enchantement que l’horloge réveille au cœur de ces enfants que nous sommes toujours : un ange annonciateur renverse le sablier des heures et, tout à coup, le coq ouvre ses ailes de fer, pour avertir du prochain reniement

Puis tout se tait et j’ai envie de rire : pauvre divertissement

Mais c’est alors que tout commence, quand, par l’ouverture d’une porte de bois, l’archange Gabriel vient prévenir Marie et que descend sur elle, maladroite et si frêle, la petite colombe du Saint-Esprit

Aussitôt remontée par la trappe d’où venue, elle a cédé la place au mouvement béni du bras de notre Père, pendant que le gardien des heures fait sa ronde sur une tour de guet

Dès lors, Anne se réjouit, les douze coups résonnent, Gabriel se retire, le soldat disparait, et nous sommes repris par le cours de la vie

(Arnaud Beaujeu, Tous droits réservés)