Si une parole… (Arnaud Beaujeu)

Si une parole me libérait, je pourrais, peut-être, effacer les frontières, pousser l’anéantir jusqu’au bord de la mer

la vague sur la vague au creux m’emporterait, d’un retour en arrière et m’ensevelirait

[…]

et sans voir tout à coup la petite clarté de cet instant d’été t’entourer – tu rirais

à nager dans les vagues et les courants contraires, à goût de vent de sel de lumière et de mer

(© Texte et photo : Arnaud Beaujeu. Tous droits réservés)

XXI (suite)

XX

La Justice et le Jugement
Trompettent et balancent
Par-dessus la grande Faucheuse
Œdipe est pendu par le pied
Les fluides se transvasent
Du masculin au féminin
De l’onde à l’air de l’air à l’eau

(© Texte : Arnaud Beaujeu. Tous droits réservés. Dans XXI suivi de Post-mortem, 5 sens éditions, 2015)

XXI (suite)

XVIII

Autour des jongleries
De la tour de Babel
La parole s’effondre
La colonne de Mercure
S’inverse en son brio
La tête en bas
La tête en haut

(© Texte : Arnaud Beaujeu. Tous droits réservés. Dans XXI, suivi de Post mortem, 5 sens éditions, 2015)

L’amandier (Arnaud Beaujeu)

L’amandier veille, à l’avant-lueur du printemps, sentinelle de fleurs au parfum de miel

L’abricotier se réveille d’un long sommeil emprisonné, ses pétales volent au soleil léger

Les chiffons blanc-rosé du cognassier révèlent un feuillage nouveau

Les fleurs de cerisiers rappellent que les fruits rempliront un jour les paniers

Les pêchers éclatent de rose, ravivent les abeilles

Le vieux poirier porte fragrance

Les feuilles du figuier ouvrent leurs petites mains pleines d’espérance

 

(Arnaud Beaujeu, L’Amour de vivre, ed. NU(e), 2014)

Van Gogh

La maison sur la mer… (Arnaud Beaujeu)

La maison sur la mer aux colonnes d’arbres imaginaires est suspendue dans le matin éblouissant de vert. Au partage de l’horizon, le bleu ciel répond au bleu tendre de mer

 

Le lieu est un mystère, où souffle légèrement la brise d’un passé enchanté de lumières, de rires, d’éclats de voix profondes, passagères

 

L’ombre appelle la lumière. Leur présence est nourrie de tout un monde intermédiaire que les souvenirs révèlent imperceptiblement

 

Le fantôme d’un sourire s’esquisse soudain, la forme émue d’un corps, la poigne d’une main. S’y adjoignent peut-être le grain d’une voix flûtée, l’éclat d’un œil malin…

 

Au gré des rafales, le temps s’accélère, les vagues se renforcent et à coup de mistral, emportent dans l’instant ces allures éphémères

 

(Arnaud Beaujeu, Tous droits réservés)

Mésanges huppées…

Mésanges huppées, sitelles, fauvettes et loriots,
Chardonnerets, verdiers, nonettes, grimpereaux,
Le chant de la forêt m’appelle et le jardin s’est
embrasé de ces jolis bruissements d’ailes
mésanges huppées, sitelles, fauvettes et loriots

(Arnaud Beaujeu, L’Amour de vivre, éd. Nu(e), 2014)

Au vert tendre…

Au vert tendre, au bleu clair, à la rose des prés
Aux fleurs jaunes, aux lumières, à la vie décidée
A l’amour, à l’abeille, à la beauté des blés
Au rouge qui s’éveille, à la splendeur innée

(Arnaud Beaujeu, dans L’Amour de vivre, éd. Nu(e), 2014)
Tableau : Matisse

Gorge bleue…

Gorge bleue, tête rouge, huppe orange et dos bleu
Ventre blanc, aile grise, jabot noir, oeil de feu
Bec orange, pattes rouges, huppe jaune et col bleu
Plume jaune, gorge rouge, ventre orange, aile bleue

(Arnaud Beaujeu, « L’amour de vivre », éd. Nu(e), 2014)