L’amandier (Arnaud Beaujeu)

L’amandier veille, à l’avant-lueur du printemps, sentinelle de fleurs au parfum de miel

L’abricotier se réveille d’un long sommeil emprisonné, ses pétales volent au soleil léger

Les chiffons blanc-rosé du cognassier révèlent un feuillage nouveau

Les fleurs de cerisiers rappellent que les fruits rempliront un jour les paniers

Les pêchers éclatent de rose, ravivent les abeilles

Le vieux poirier porte fragrance

Les feuilles du figuier ouvrent leurs petites mains pleines d’espérance

 

(Arnaud Beaujeu, L’Amour de vivre, ed. NU(e), 2014)

Van Gogh

La maison sur la mer… (Arnaud Beaujeu)

La maison sur la mer aux colonnes d’arbres imaginaires est suspendue dans le matin éblouissant de vert. Au partage de l’horizon, le bleu ciel répond au bleu tendre de mer

 

Le lieu est un mystère, où souffle légèrement la brise d’un passé enchanté de lumières, de rires, d’éclats de voix profondes, passagères

 

L’ombre appelle la lumière. Leur présence est nourrie de tout un monde intermédiaire que les souvenirs révèlent imperceptiblement

 

Le fantôme d’un sourire s’esquisse soudain, la forme émue d’un corps, la poigne d’une main. S’y adjoignent peut-être le grain d’une voix flûtée, l’éclat d’un œil malin…

 

Au gré des rafales, le temps s’accélère, les vagues se renforcent et à coup de mistral, emportent dans l’instant ces allures éphémères

 

(Arnaud Beaujeu, Tous droits réservés)

Mésanges huppées…

Mésanges huppées, sitelles, fauvettes et loriots,
Chardonnerets, verdiers, nonettes, grimpereaux,
Le chant de la forêt m’appelle et le jardin s’est
embrasé de ces jolis bruissements d’ailes
mésanges huppées, sitelles, fauvettes et loriots

(Arnaud Beaujeu, L’Amour de vivre, éd. Nu(e), 2014)

Au vert tendre…

Au vert tendre, au bleu clair, à la rose des prés
Aux fleurs jaunes, aux lumières, à la vie décidée
A l’amour, à l’abeille, à la beauté des blés
Au rouge qui s’éveille, à la splendeur innée

(Arnaud Beaujeu, dans L’Amour de vivre, éd. Nu(e), 2014)
Tableau : Matisse

Gorge bleue…

Gorge bleue, tête rouge, huppe orange et dos bleu
Ventre blanc, aile grise, jabot noir, oeil de feu
Bec orange, pattes rouges, huppe jaune et col bleu
Plume jaune, gorge rouge, ventre orange, aile bleue

(Arnaud Beaujeu, « L’amour de vivre », éd. Nu(e), 2014)

Les déchirures du ciel… (Arnaud Beaujeu)

Les déchirures du ciel ouvrent sur d’autres vies
disparaître dans l’inconnu, marcher vers d’autres vues
où la mer étendue permet d’écrire le jour la nuit
auprès d’un feu de cheminée

Nager des heures entières peut-être jusqu’à se noyer

Revenir en arrière, une table sur la mer au bouquet déposé

Des fragments de lumière, un sourire dans l’été
un lit quelques hivers, s’enfuir dans d’autres nuits

Je ne sais plus ces choses-là, désormais ne m’en souviens plus
je courais jusque dans l’envers, désormais ne m’en souviens plus

(Arnaud Beaujeu, Tous droits réservés)

XXI (suite)

XVI

La Fortitude
Tête inclinée
Le regard ferme et détaché
Porte cuirasse
Et manteau rouge
Le pied gauche avancé
Sur le rebord des choses

(© Texte : Arnaud Beaujeu. Tous droits réservés. Dans XXI suivi de Post-mortem, 5 sens éditions, 2015)

Où le chemin… (Arnaud Beaujeu)

Où le chemin commence les pas sont magnifiques
un tapis d’aiguilles atténue les voix
Le grand air nous invite on marche sans un doute
aimantés de nature on s’enchante de tout
Un chemin nous rassure de ses arbres et de ses lumières
de ses cailloux clairs de ses joies
Un autre passe dans les bois parmi de petits tas de pierres
– il faut enjamber le ruisseau pour longer un champ

A la croisée des voies le vent nous aveugle
Comme à colin-maillard on tourne sur soi
On prend ce chemin-là sans savoir où il va
s’il y aura un replat une route
Celui-ci tourne à gauche il faut passer un gué cerné de genêts
C’est peut-être une impasse
Celui-là monte droit puis casse d’un seul coup
il se poursuit pourtant en passant le pont

Au mitan du parcours
on a la tentation de rebrousser chemin
et en même temps ce serait dommage
de ne pas aller voir
plus loin

Un chemin ne dit rien
Empierré de matière il vibre sous les pas et ne s’ouvre qu’à lui
On revient sur ses pas
Est-ce que l’on s’est perdu ?
Mieux vaut continuer reprendre le bon cours
c’est plus beau plus intéressant en allant de l’avant
Tout au bout du chemin il y aura autre chose
peut-être une aventure peut-être une autre voie

 

(Arnaud Beaujeu, Tous droits réservés)

Tableau: Cézanne