Aux clés d’une Initiale Et d’écrits en écrits Les éléments font sens Une fresque se déterre L’inclinaison des vases La naissance de Vénus Sous les couches de repeints
Un cheval droit l’autre en travers Ligotés l’un à l’autre Une torche et les mains attachées Dans le dos hérétique Les pèlerins passent à travers La grotte imaginaire De la damnation
Saccage des émotions, les maisons sont restées debout, mais éventrés, les souvenirs dans les nuits se sont désagrégés comme pauvres errants, l’église est bouche d’ombre, le toit s’en est allé
Un matin, les gendarmes sont venus les chercher, il fallait quitter le village, abandonner les tombes, les arbres, les vergers. Il n’y aurait plus de troupeaux. A la place : des bombes
Le portail de la grange à présent ne dit plus grand-chose, c’est déjà loin tout ça… mieux vaut ne pas trop y penser… Mais les rues dévastées continuent de hurler leur oubli jusque dans les choses. Leurs cris s’égarent dans les champs, au pied des peupliers
Les femmes ont pleuré leur tout petit, leur village, du fond de leur passé. Grand-père passait du cirage sur ses souliers, l’été, les ruches bourdonnaient, l’orage s’éloignait, revenait, sur les soirées ensoleillées
Ainsi nos existences, bien construites et closes, finissent-elles par s’effilocher. Ouvertes aux quatre vents, elles ne savent plus grand-chose du passé
La maison sur la mer aux colonnes d’arbres imaginaires est suspendue dans le matin éblouissant de vert. Au partage de l’horizon, le bleu ciel répond au bleu tendre de mer
Une mèche de cheveux La courbe florentine Du cou s’est prolongée Le talisman du Diable Emblème le néant Les pèlerins tombent à l’envers Jusqu’au Printemps
Au pied du Royaume solitaire Où l’Aigle ancien gouverne Sous la couronne aux dix rubis Des ciels de rêves et de lumière S’entrouvrent mais s’enfuient La Vie s’y déroule à l’envers Et le malheur s’y réfugie
Le Char de l’Âme s’élève Attelage émeraude Sous l’oeil de Saturne endormi Le Monde en sa mandorle S’y promène librement Androgyne accompli Dans le jardin des Grâces