Apprendre à danser (2) Arnaud Beaujeu

Tu chantes la lumière avec la liberté, tu déploies le réel, tu donnes une inflexion à la ligne des jours, tu apprends à danser

Il y a le mouvement du monde, il y a la vitesse du vent, il y a les danses et les rondes, il y a nos élans

Et danse la lumière, sur la ligne d’hiver, sur la rive des mers, sur l’horizon serein

La neige tombe dans la neige, les murs et branches sont bordés de blanc, un rouge-gorge danse entre ruisseaux et fossés

L’hiver brille et scintille en son mystère ensoleillé, le givre suit la branche, une goutte d’eau s’est figée

Et danse la lumière entre blancs et bleutés, tu danses sur la pierre, escaladant chaque rocher

Le ballet des oiseaux, dans la lumière du soir, t’accompagne en un mouvement de matière en suspens

Tu danses les étoiles, regarde l’ombre t’enlacer, ton enfance apparaître au tourbillon des vents

Ta vie devient légère, ton amour plus chantant

Long est le tournoiement de nos images dans le temps

Tous droits réservés.

Apprendre à danser (Arnaud Beaujeu)

D’un mouvement de l’âme, j’attrape le réel

Comme glisse le pas majeur de l’épopée sur le sol des années

J’accompagne la courbe et l’orbe d’une ronde

Au rythme de ma jambe, au soleil de mon bras

Jusqu’à ce que, silence, l’approche de ton pas

Vienne guider ma danse et mourir au combat

J’esquisse un pas de danse, je rouvre cet émoi

Qui se fend d’une offense et d’un rire aux éclats

(Tous droits réservés)

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Fleur d’encre (Arnaud Beaujeu)

Les doigts tachés d’indigo bleu, en pressant l’encre du muscari

la vie qui se décale un peu le temps passe et sourit

Unies dans un verre à alcool les clochettes du muscari

une ou deux pâquerettes une fleur de pissenlit

Taches d’encre dans les fossés

sur les talus et par les prés

d’encre violette encore tachés

 

(Texte paru dans Recours au poème (site en ligne), novembre 2017)

Une table (Arnaud Beaujeu)

Tu as une table et tu écris, tu t’assieds sur le bord de la mer

Tu cherches un horizon, la mer est ton mystère, tu recherches son nom

Il y a un lit, une maison, la nuit qui veille et s’ensommeille

Quand on ouvre les volets, il n’y a plus que l’horizon

Des falaises en eau profonde : au sommet, une maison

(© Texte et photo : Arnaud Beaujeu. Tous droits réservés)

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Paisiblement (Arnaud Beaujeu)

Je pense à un chat de Bonnard, lové pour faire la sieste. Il a trouvé le juste emplacement dans la lumière tamisée des persiennes. Son corps s’étire un court moment avant de retrouver une position confortable. Un infime reflet vert filtre entre ses paupières

Plus besoin de bâiller. Son oreille gauche écoute le moindre de nos déplacements. Il est un monde à lui tout seul, une conscience à soi-même. A peine remue-t-il l’extrême bout de sa queue, de temps à autre, paisiblement

(Tous droits réservés)

Bonnard