Un exil au bord de la mer

A l’arrivée que reste-t-il
une attente au bord de la mer
la vie continue de tourner
 
Les uns remplacent les autres
et les vagues continuent sans relâche de frapper
le rivage des années
 
Toujours le même
toujours
tout aussi insensé
 
La vie s’agite en mille couleurs mille folies traversées
que le vent balaie une à une
jusqu’à épuisement
 
Demain nous irons traverser
d’autres folies d’autres chimères
en attendant
 
Un exil au bord de la mer agite
les rideaux légers
les carreaux-ciments sont des pierres inanimées
 
Un fort se détache en lumière
enlacé d’un bougainvillée
nous irons jouer dans la mer au bonheur retrouvé
 
Tournent les heures de la journée
chacune est belle d’une unité
de tons et de couleurs
 
On passe cette vie dans le bleu
dans la joie d’exister pleinement
jusqu’à n’être plus
 
La mer se lève le matin
avec tous les noyés les morts les trépassés
elle se réveille d’un long sommeil pour les ressusciter
 
Certains font la planche
d’autres nagent le dos crawlé
puis ils se sèchent au soleil avant de petit-déjeuner
 
On se promène souple et léger dans les rumeurs du jour
à peine a-t-on le temps de se retourner
que déjà le soir arrivé
 
Etre là
sans trop savoir pourquoi
au milieu des jeux et combats
 
Laisser passer les jours ronds et pleins chaque fois
vivre d’amour et d’eau salée
jusqu’au prochain échouage
 
La mer parle la nuit
elle raconte des histoires à dormir debout
elle parle toute la nuit
 
Et tous les âges de la vie
se retrouvent en ces heures
où le soleil luit

 

(© Texte et photo : Arnaud Beaujeu. Tous droits réservés)

Peut-être…

Peut-être que le temps

peut-être que le jour

peut-être que le vent

peut-être qu’au détour

peut-être qu’en passant 

peut-être que l’amour

est vivant

 

(Arnaud Beaujeu. Tous droits réservés.)
Citrons, Claude Monet

La liberté

Au milieu d’eux tu es assis, un peu de biais et la lumière passe au travers des arbres
Accoudé, tu regardes un autre homme et ton père reste debout dans
l’embrasure
Tu es debout sur le chemin et contre la voiture, les bras croisés tu ne dis rien
M’attendais-tu, m’attendras-tu, mon amour ?
Sous l’escalier, la liberté, les bras le long du corps, tu vois la vie t’abandonner, tu la suis sans efforts
Cours !
La liberté, la liberté vit dans ton corps

 

(Arnaud Beaujeu, Tous droits réservés)

Apprendre à danser (2)

Tu chantes la lumière avec la liberté, tu déploies le réel, tu donnes une inflexion à la ligne des jours, tu apprends à danser

 

Il y a le mouvement du monde, il y a la vitesse du vent, il y a les danses et les rondes, il y a nos élans

 

Et danse la lumière, sur la ligne d’hiver, sur la rive des mers, sur l’horizon serein

 

La neige tombe dans la neige, les murs et branches sont bordés de blanc, un rouge-gorge danse entre ruisseaux et fossés

 

L’hiver brille et scintille en son mystère ensoleillé, le givre suit la branche, une goutte d’eau s’est figée

 

Et danse la lumière entre blancs et bleutés, tu danses sur la pierre, escaladant chaque rocher

 

Le ballet des oiseaux, dans la lumière du soir, t’accompagne en un mouvement de matière en suspens
                                                                                                                                                              Tu danses les étoiles, regarde l’ombre t’enlacer, ton enfance apparaître au tourbillon des vents

 

Ta vie devient légère, ton amour plus chantant

 

Long est le tournoiement de nos images dans le temps

 

 

(Arnaud Beaujeu. Tous droits réservés.)

Apprendre à danser

D’un mouvement de l’âme, j’attrape le réel
Comme glisse le pas majeur de l’épopée sur le sol des années
J’accompagne la courbe et l’orbe d’une ronde
Au rythme de ma jambe, au soleil de mon bras
Jusqu’à ce que, silence, l’approche de ton pas
Vienne guider ma danse et mourir au combat
J’esquisse un pas de danse, je rouvre cet émoi
Qui se fend d’une offense et d’un rire aux éclats

 

(Arnaud Beaujeu. Tous droits réservés)

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Fleur d’encre

Les doigts tachés d’indigo bleu, en pressant l’encre du muscari
la vie qui se décale un peu le temps passe et sourit
Unies dans un verre à alcool les clochettes du muscari
une ou deux pâquerettes une fleur de pissenlit
Taches d’encre dans les fossés
sur les talus et par les prés
d’encre violette encore tachés

 

(Arnaud Beaujeu. Tous droits réservés. Texte paru dans Recours au poème (site en ligne), novembre 2017)

Une table

Tu as une table et tu écris, tu t’assieds sur le bord de la mer
Tu cherches un horizon, la mer est ton mystère, tu recherches son nom
Il y a un lit, une maison, la nuit qui veille et s’ensommeille
Quand on ouvre les volets, il n’y a plus que l’horizon
Des falaises en eau profonde : au sommet, une maison

 

(© Texte et photo : Arnaud Beaujeu. Tous droits réservés)

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