… (Arnaud Beaujeu)

L’aubriette et la giroflée se sont perdues dans le jardin, sous les poivres d’âne et l’orpin, l’euphorbe et la grande pervenche, la vipérine faux plantain

Les coronilles entêtantes se mêlent au glaïeul des prés et couvrent de leurs feuilles aimantes l’iris et le genêt d’Espagne, le chèvrefeuille, le laurier

Les cyprès et les arbousiers, les yeuses et le pistachier s’entremêlent, s’élancent, au ciel inespéré ; l’amour s’y réenchante et le vent fait se balancer les chênes blancs, le néflier, les grands érables, le cormier

(Arnaud Beaujeu, L’Amour de vivre, éd. Nu(e), 116 p., 2014)

Tableau: Bonnard

Si une parole… (Arnaud Beaujeu)

Si une parole me libérait je pourrais peut-être effacer les frontières, pousser l’anéantir jusqu’au bord de la mer

la vague sur la vague au creux m’emporterait, d’un retour en arrière et m’ensevelirait

[…]

et sans voir tout à coup la petite clarté de cet instant d’été t’entourer – tu rirais

à nager dans les vagues et les courants contraires, à goût de vent de sel de lumière et de mer

 

(Arnaud Beaujeu, L’Amour de vivre, éd. Nu(e), 2014)

 

Photo: A.B.

L’amandier (Arnaud Beaujeu)

L’amandier veille, à l’avant-lueur du printemps, sentinelle de fleurs au parfum de miel

L’abricotier se réveille d’un long sommeil emprisonné, ses pétales volent au soleil léger

Les chiffons blanc-rosé du cognassier révèlent un feuillage nouveau

Les fleurs de cerisiers rappellent que les fruits rempliront un jour les paniers

Les pêchers éclatent de rose, ravivent les abeilles

Le vieux poirier porte fragrance

Les feuilles du figuier ouvrent leurs petites mains pleines d’espérance

 

(Arnaud Beaujeu, L’Amour de vivre, ed. NU(e), 2014)

 

La maison sur la mer… (Arnaud Beaujeu)

La maison sur la mer aux colonnes d’arbres imaginaires est suspendue dans le matin éblouissant de vert. Au partage de l’horizon, le bleu ciel répond au bleu tendre de mer

 

Le lieu est un mystère, où souffle légèrement la brise d’un passé enchanté de lumières, de rires, d’éclats de voix profondes, passagères

 

L’ombre appelle la lumière. Leur présence est nourrie de tout un monde intermédiaire que les souvenirs révèlent imperceptiblement

 

Le fantôme d’un sourire s’esquisse soudain, la forme émue d’un corps, la poigne d’une main. S’y adjoignent peut-être le grain d’une voix flûtée, l’éclat d’un œil malin…

 

Au gré des rafales, le temps s’accélère, les vagues se renforcent et à coup de mistral, emportent dans l’instant ces allures éphémères

 

(Arnaud Beaujeu, Tous droits réservés)

… (Arnaud Beaujeu)

Mésanges huppées, sitelles, fauvettes et loriots,
Chardonnerets, verdiers, nonettes, grimpereaux,
Le chant de la forêt m’appelle et le jardin s’est
embrasé de ces jolis bruissements d’ailes
Mésanges huppées, sitelles, fauvettes et loriots

(Arnaud Beaujeu, L’Amour de vivre, éd. Nu(e), 2014)