… (Arnaud Beaujeu)

En descendant dans mon jardin
centranthe rouge et lilas blancs
j’ai cueilli de l’amour un brin
de romarin et d’origan
une immortelle et du jasmin
centranthes rouges, lilas blanc
de la santoline et du thym
romarins et seringats blancs

(Arnaud Beaujeu, L’Amour de vivre, éd. Nu(e), 2014)

Sous nos pieds… (Arnaud Beaujeu)

Taches de mousse verte sur un dos de granit bruyères et châtaigniers

Des monts à caresser de petits ponts de pierres aux couleuvres lovées

Les garçons dansent sur la pierre escaladant chaque rocher

Sur la grève le lézard vert une rivière sous nos pieds

 

(Arnaud Beaujeu, L’Amour de vivre, éd. Nu(e), 2014)

Photo: A.B.

 

Ici… (Arnaud Beaujeu)

Ici la roche épouse la forme de nos corps les châtaigniers s’éternisent

La pierre est chaude et l’onde fraîche où les formes affleurent

mais déjà la journée a poursuivi sa course et les nuages viennent

L’onde comme un drapé sur la pierre lissée file à toute allure onde longue et plissée

Chaque roche émergée de l’onde en espaliers reflets d’ocre et de vert

Frêles coques d’insectes et dômes de granit

aile de papillon

L’onde s’accélère en toiles d’araignées

 

(Arnaud Beaujeu, L’Amour de vivre, éd. Nu(e), 2014)

photo: A.B.

Le mouvement du monde… (Arnaud Beaujeu)

Long et lent est le tournoiement de nos images dans le temps

Il y a le mouvement du monde, il y a la vitesse du vent, il y a les danses et les rondes, il y a nos élans

Des milliers de coquelicots, dans le vent qui s’agitent, essaimés en gradins en bouquets en lumières, des milliers de prières

Frêle est le trèfle aux quatre vents

 

(Arnaud Beaujeu, L’Amour de vivre, éd. Nu(e), 2014)

Photo: A.B.

Le lieu des songes… (Arnaud Beaujeu)

Nous longeons un marigot. Les libellules à la surface, font tantôt du sur-place, tantôt des accélérations, comme par un don d’ubiquité. Les caniers croisent au vent : leurs feuilles déroulées bruissent muettement, ombres dans le ciel d’eau. Nous plongeons nos pieds dans les fonds tièdes du ruisseau : ils disparaissent, formes olivâtres, en réveillant des tortues d’eau, des têtards, de petites couleuvres qui vont se cacher sous la vase.

Dissimulé, un rossignol trille son chant dans un laurier. La feuillée de deux cerisiers se reflète dans l’eau. Des châtaigniers, des fougères, un sureau, de grands lierres s’enfoncent dans un val obscur aux passages secrets. Le chemin de terre permet pourtant d’y accéder: nous le réempruntons, pendant que Knight à nos côtés, fait s’envoler une grive.

Quand la nuit vient, le concert des crapauds commence doucement, avant de s’amplifier. Une chauve-souris volette en petits carrés. Les grillons parlent aux morts et un parfum de cendres s’exhale de la terre, se mélange dans l’air… Une cloche de dîner, au loin, retentit. Nous arrivons au lieu des songes…

(Arnaud Beaujeu, extrait de Pierre et Jeanne (roman), éd. d’A côté, 2018)

… (Arnaud Beaujeu)

L’aubriette et la giroflée se sont perdues dans le jardin, sous les poivres d’âne et l’orpin, l’euphorbe et la grande pervenche, la vipérine faux plantain

Les coronilles entêtantes se mêlent au glaïeul des prés et couvrent de leurs feuilles aimantes l’iris et le genêt d’Espagne, le chèvrefeuille, le laurier

Les cyprès et les arbousiers, les yeuses et le pistachier s’entremêlent, s’élancent, au ciel inespéré ; l’amour s’y réenchante et le vent fait se balancer les chênes blancs, le néflier, les grands érables, le cormier

(Arnaud Beaujeu, L’Amour de vivre, éd. Nu(e), 116 p., 2014)

Tableau: Bonnard

Si une parole… (Arnaud Beaujeu)

Si une parole me libérait je pourrais peut-être effacer les frontières, pousser l’anéantir jusqu’au bord de la mer

la vague sur la vague au creux m’emporterait, d’un retour en arrière et m’ensevelirait

[…]

et sans voir tout à coup la petite clarté de cet instant d’été t’entourer – tu rirais

à nager dans les vagues et les courants contraires, à goût de vent de sel de lumière et de mer

 

(Arnaud Beaujeu, L’Amour de vivre, éd. Nu(e), 2014)

 

Photo: A.B.

L’image contient peut-être : océan, ciel, eau, plein air et nature